Le barrage hydroélectrique de Mékin bientôt opérationnel en dépit des larmes des riverains

Le Cameroun est engagé depuis une décennie dans un vaste chantier de construction des infrastructures énergétiques, routières et même agro industrielles. Seulement si la quasi-totalité de ces projets ont fait l’objet des études d’impact environnemental et social couronnée par la délivrance des certificats de conformité environnementale, il n’en demeure pas moins que la mise en oeuvre des Plans de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) de ces divers projets reste le parent pauvre au Cameroun. C’est le cas du projet de construction du barrage hydroélectrique de Mékin.
Dans le cadre du projet Suivi des forêts en temps réel par les communautés et OSCs à travers les TIC mis en oeuvre par FCTV et SAILD avec le soutien financier de GFW, des missions d’investigations sur les causes, les auteurs et les impacts des pertes de forêt détectées par les satellites de GFW ont été réalisées dans l’arrondissement de Bengbis. Ces missions ont permis de constater que la mise en eau du barrage avait entrainé l’ennoiement de plusieurs hectares de forêts et la déforestation avait significativement impacté tant sur les populations que sur l’environnement.
Même si des mesures ont été prévues dans le PGES pour éviter, éliminer ou réduire ces différents impacts, il faut souligner qu’une appréciation du niveau de mise en oeuvre de ce PGES a révélé un retard considérable dans l’effectivité de l’application de ces mesures particulièrement celles relatives aux impacts sur les personnes. C’est ainsi qu’en dépit du recrutement d’un environnementaliste en charge de la mise en oeuvre du PGES aucune des mesures d’élimination des impacts sur les personnes prévues dans le PGES n’a encore été mise en oeuvre. Il s’agit pour l’essentiel de :

  • L’information de la population locale de pêcheurs et formation sur la pêche sur la retenue prévue après son remplissage.
  • Information des populations sur les risques de noyade, d’électrocution qui devait se faire 2 mois avant le remplissage de la retenue ; il y a eu un cas de noyade dans le village de KAM (un jeune de 23 ans nommé TSAME s’est noyé en traversant le cours d’eau sur une pirogue de fortune pour se rendre dans son champ situé de l’autre côté de la rivière) ;
  • Sensibilisation de pêcheurs sur les zones à risques de la retenue prévue un mois avant le remplissage de la retenue ;
  • Appui aux pêcheurs pour l’acquisition des équipements pour la pêche en eau profonde après le remplissage de la retenue ;
  • Ouverture officielle de la route reliant les deux Arrondissements de Meyomessala et Bengbis avant la fin des travaux ;
  • Reconstruction des infrastructures affectées (ponts, marché de « Mekin-bas) avant la fin des travaux ;

A côté de ces impacts prévus dans le PGES, l’on a aussi identifié des impacts directement imputables à l‘ennoiement des forêts et qui ont significativement impacté les populations situées en aval du barrage notamment :

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  • La disparition des cultures maraichères (tomate-légumes-macabo) ;
  • La disparition de la pêche traditionnelle (pêche au barrage faite par les femmes) due à l’augmentation des débits des cours d’eau;
  • La perte de revenus issus de l’exploitation des arbres fruitiers (mangue sauvage) dans la zone ennoyée à cause de la mise en eau du barrage;
  • La disparition de certaines plantes médicinales servant au traitement des vers intestinaux dans la zone déforestée.
  • La perte du droit d’usage des femmes sur les espaces abritant le barrage ;
  • Le conflit homme –faune dû à la destruction de plusieurs habitats des animaux par l’inondation;
  • La destruction des plantations de cacao et de manioc causée par l’inondation souterraine;
  • La prolifération des moustiques et l’augmentation du taux de paludisme
  • La faible mobilité des populations due à l’ennoiement des ponts sur le Dja et la Lobo rendant impossible toute évacuation même avec la pirogue remise par Hydromékin des produits agricoles vers les marchés de Bengbis et Meyomessala ;

Le retard dans la mise en oeuvre de ces mesures a éminemment dégradé les moyens d’existence des communautés riveraines du barrage ; ainsi les mauvaises conditions de vie (famine, manque de revenus pour envoyer les enfants à l’école, pour se soigner, l’incertitude quant à leur déplacement ou pas) font redouter la recrudescence du braconnage dans cette localité et constituent un risque énorme pour l’intégrité de la Réserve. Alors que tous ces impacts sont actuellement notés sur le site du projet et les mesures préconisées dans le PGES non mises en oeuvre, le projet est à son terme et l’inauguration très imminente, les populations riveraines au désarroi elles, ne savent à quel saint se vouer !!!!!! Il est temps que l’Etat prenne des mesures fortes pour assurer que les PGES des projets d’envergure comme celui-ci soient effectivement mis en oeuvre dans la période prévue afin que le développement se fasse dans le strict respect des droits des communautés riveraines. Voir rapport d’investigation sur les impacts du barrage de Hydromékin (sur demande à FCTV).

E mail: terrevivantecameroun@yahoo.fr

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